Exposition Création, entre arts et mathématiques

Posté par Anthony Baillard Il y a 2 semaines

Laura Taalman, Granny Life, 2026 (détail)L'exposition s'est tenue à la Maison Poincaré, Paris.

La Maison Poincaré est un espace d’expositions et d’échanges qui a ouvert en 2023 au sein de l’Institut Henri Poincaré (IHP). Comme indiqué sur leur site, « il est dédié aux mathématiques et à leurs interactions, en particulier en lien avec d’autres disciplines : physique, biologie, sociologie, sciences du numérique, sciences de l’environnement et du climat, économie, philosophie, arts… ». Une exposition permanente divisée plusieurs espaces permet d'y découvrir de façon ludique des aspects essentiels de la discipline. Au sous-sol se tiennent des expositions temporaires, comme Création, entre arts et mathématiques, du 9 avril au 25 juillet 2026. 

Il était donc possible de découvrir des œuvres de Laura Taalman, Pierre Berger, Sylvie Pic, Gaëtan Robillard ou encore Bardula, pour ne citer que certains artistes.
Cette exposition, au-delà de ses qualités intrinsèque, a suscité deux questions principales :

  • Qu'est-ce qui définit la qualité d'une exposition, au sens premier du terme : comment présenter un ensemble d'œuvres ?
  • Comment arts et mathématiques se rejoignent-ils dans la création contemporaine ? Plus spécifiquement, comment les artistes et scientifiques créent, seuls ou en collaboration, à la jonction de ses domaines ?

Les deux questions se rejoignent dans le sens où elles sont nées du même constat : l'exposition Création, entre arts et mathématiques ne satisfait pas pleinement les attentes du visiteur.

La présentation des œuvres ne les valorise pas : supports et cartels de facture moyenne, espaces mal définis, conception graphique du catalogue et des affiches pas assez travaillée, aucune vue d'exposition n'est disponible sur la page web de l'exposition. C'est même complètement incroyable : impossible de trouver la moindre vue d'exposition nulle part, ni sur les sites Internet de l'Institut, ni sur les réseaux sociaux.
En résumé, il s'agit d'une exposition organisée par des chercheurs (ce qui est la vocation première du lieu) qui n'ont pas tous les codes muséaux ou artistiques, ni ceux de la communication ou du graphisme (UI/UX). Pour illustrer mon propos, l'affiche de l'exposition est assez parlante : elle ressemble plus à un poster de conférence de recherche qu'à une affiche d'exposition dans un musée d'art contemporain.

Exemple de poster de conférence internationale  Affiche officielle de l'exposition Création, entre arts et mathématiques, à l'IHP, Paris  Affiche officielle de l'exposition Artistes et Robots au Grand Palais, Paris

 

D'autre part, la plupart des œuvres n'opèrent pas une jonction complètement convaincante entre arts et mathématiques. D'un côté, des représentations esthétiques ou esthétisées de concepts mathématiques (Laboratorio de Nudos y Afectos ou Cube arabo-gréco-latin et géométries finies), de l'autre des œuvres d'artistes contemporains qui font plus ou moins appel aux mathématiques (Bleu comme une orange ou Triarchie Matricielle). Et avec des niveaux de finition parfois discutables. Seules quelques œuvres créent un lien plus étroit entre les deux : Granny Life de Laura Taalman basée sur des automates cellulaires ; Sculptures, Vidéos et Théorèmes de Pierre Berger et représentant des théorèmes mathématiques sous forme de sculpture en laiton ; ou encore En recherchant la vague de Gaëtan Robillard qui crée un décor mathématique inspiré de la littérature.

À souligner également, une partie des artistes sont représentés par la galerie Wagner, qui organisait aux mêmes dates une exposition en résonance intitulée Convergences. On peut imaginer que la galerie a joué le rôle de "conseiller artistique", les œuvres présentées par la galerie étant, dans l'ensemble, plus cohérentes, de meilleure  facture et plus en accord avec l'image de l'art numérique de la fin du XXème siècle. C'est-à-dire mieux intégrées dans l'art contemporain : les œuvres d'Ueli Gantner, de Natacha Galand ou de Mehdi Moutashar en sont de bonnes illustrations.

Convergences, 11 juin - 25 juillet 2026, Galerie Wagner, Paris (vue d'exposition).
Convergences, 11 juin - 25 juillet 2026, Galerie Wagner, Paris (vue d'exposition).
À gauche : Mehdi Moutashar, Ha, 2026.
A droite : Ueli Gantner, pn 25. 

Le musée de l'Institut Poincaré est jeune, il faut lui donner le temps de prendre ses marques et de s'améliorer. Dans tous les cas, nous restons de fervents défenseurs de l'idée que sciences et arts ne sont pas des domaines exclusifs, bien au contraire, et nous continuerons à suivre et à soutenir les initiatives de la Maison Poincaré.

 

En savoir plus

Lien : Page de l'exposition sur le site de l'IHP
Lien : Catalogue de l'exposition
Lien : Page de l'exposition Convergences à la galerie Wagner